M. Martial Bourquin. Monsieur le président, monsieur le secrétaire d'État, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, en écoutant tout à l'heure les intervenants de la majorité, je me suis cru revenu lors de la campagne de l'élection présidentielle : les 35 heures sont responsables de tout, de la tempête comme de la sécheresse, et pourquoi pas, tant que nous y sommes, de la grippe H1N1 !
M. Alain Vasselle. Caricature !
M. Martial Bourquin. Mon cher collègue, ce sont les discours que je viens d'entendre qui étaient caricaturaux !
Aujourd'hui, la situation a changé : une crise mondiale d'une ampleur et d'une violence inégalées est intervenue, avec des conséquences sociales et économiques considérables.
Sachez que, pour faire face à cette situation, des PME et de grandes entreprises ont, par exemple, fait appel à la réduction du temps de travail pour éviter le chômage partiel à leurs salariés. Nier le fait que les 35 heures ont été un extraordinaire amortisseur social pendant cette crise, c'est ne pas regarder la réalité en face !
M. Didier Guillaume. Tout le monde est d'accord !
Mme Gisèle Printz. Bien sûr !
M. Martial Bourquin. On aurait pu parler des 35 heures comme vous vous permettez de le faire si votre slogan « travailler plus pour gagner plus », avait marché. Or, c'est indéniablement un échec patent.
Quelle est la situation de la France aujourd'hui ? Le chômage oscille entre 3 millions et 4 millions de personnes.
M. Alain Vasselle. C'est la crise !
M. Martial Bourquin. La pauvreté et la précarité s'étendent et sont en train de submerger les collectivités territoriales.
M. Alain Vasselle. Eh oui !
M. Martial Bourquin. Face à ce constat, pensez-vous être en mesure de donner des leçons sur les conséquences des 35 heures ?
Posez-vous une autre question, mes chers collègues : si ces 4 millions de personnes travaillaient, les comptes de la sécurité sociale seraient-ils dans le rouge ? (Non ! sur les travées du groupe socialiste.)
Si ces 4 millions de personnes travaillaient, nos finances publiques seraient-elles aussi dégradées ? (Non ! sur les travées du groupe socialiste.)
Ces exemples montrent bien que vous ne placez pas la focale au bon endroit. C'est au chômage que nous devons nous attaquer en créant une véritable politique de l'emploi et une politique de croissance de qualité, sinon nous irons inévitablement dans le mur.
À ce sujet, le 8 janvier 2008, le Président de la République réunissait la commission Stiglitz, qui a proposé « une réflexion sur les moyens d'échapper à une approche trop quantitative, trop comptable de la mesure de nos performances collectives ». En d'autres termes, cela signifie que la croissance n'est pas toujours créatrice d'emplois.
M. Didier Guillaume. Bien sûr !
M. Martial Bourquin. Si vous avez des doutes, visitez de grands sites industriels, comme celui de Sochaux, par exemple. Il y a trente ans, 45 000 salariés y travaillaient ; aujourd'hui, pour une production équivalente, on recense 12 000 salariés. Ils ont été remplacés par des robots, qui peuvent travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
Quelles perspectives offrez-vous à la nation, à nos concitoyens, …
M. Jean-Jacques Mirassou. Des robots partout !
M. Martial Bourquin. … sinon un chômage de masse encore plus important ?
Telles sont les raisons pour lesquelles la réduction du temps de travail va dans le sens de l'histoire. L'intégrer à la croissance, c'est faire en sorte que celle-ci soit non seulement dynamique, mais également créatrice d'emplois. Voilà ce que vous devriez retenir au lieu d'accuser les 35 heures de tous les maux.
Après cette crise financière mondiale, essayer de comprendre comment orienter notre développement vers une croissance nouvelle créatrice d'emplois devrait donc être au cœur de votre réflexion. (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)