Lundi 31 mai 2010
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Le Sénat a examiné du 18 au 29 mai dernier la loi de modernisation
agricole.
Je vous livre ici le compte-rendu intégral d'une de mes principales
interventions.
À ce moment du débat et sur un tel amendement, les réponses apportées par M. le
ministre et par M. le rapporteur ne sont pas satisfaisantes.
Le premier élément sur lequel je vous demande de réfléchir, c’est la déclaration de
M. le ministre qui a dit : « L’alpha et l’oméga de cette nouvelle loi, c’est la demande du consommateur », sous-entendu comme élément de régulation.
Il n’est pas possible d’entendre de tels propos. Monsieur le ministre, nous sommes
en train de crier au secours et de nous battre pour garder notre industrie ! La France a encore la deuxième agriculture du monde. Si nous faisons n’importe quoi et si nous laissons la
régulation se faire par le consommateur, lequel est, parfois, il faut bien le dire, trompé par des campagnes publicitaires, par les actions des grandes surfaces qui leur font acheter des produits
sans goût, comme les fraises vendues un peu partout à la place de celles de nos agriculteurs, si donc nous comptons uniquement sur la demande du consommateur pour réguler le marché, nous allons
au-devant de conséquences qui peuvent être catastrophiques.
Un pays doit avoir une autonomie énergétique, mais il doit avoir aussi une
souveraineté alimentaire. Il ne faut pas faire n’importe quoi dans ce domaine.
La question posée par Didier Guillaume concernant le coup de pouce à donner aux
agriculteurs pour qu’ils puissent survivre après avoir fait de gros efforts pour se moderniser, est d’actualité. Il faut prévoir un filet de sécurité pour éviter que de nombreuses exploitations
agricoles, petites ou moyennes, ne soient en difficulté. Au lieu de cela, on nous propose un système de contrat qui est peu explicite et qui ne pose pas le principe essentiel : les
agriculteurs ont droit à des prix rémunérateurs. Cela signifie qu’ils ne doivent pas vendre en dessous du prix de revient de leurs produits et qu’il faut que ce soit écrit dans la
loi.
Vous déclarez que nous sommes d’accord sur les objectifs, eh bien, dites-le !
Il existe un dicton populaire qui dit : « Ça va mieux en le disant. » En l'occurrence, on peut dire que cela va mieux en l’écrivant : écrivez donc que vous voulez des prix
rémunérateurs pour nos agriculteurs ! Écrivez que nous voulons garder une souveraineté alimentaire, car lorsque nous ne l’aurons plus nous regretterons ce que nous avons
fait !
Laisser le marché libre est dangereux car certaines campagnes de communication sur
les prix visent à orienter le consommateur vers les produits les moins onéreux : ce dernier croit avoir le choix, mais, en réalité, il ne l’a plus, conditionné par la campagne valorisant
l’achat du produit le moins cher, alors que le rapport qualité-prix est fondamental.
Si nous allons dans le sens proposé par M. le ministre, le modèle
d’exploitation qui s’imposera sera celui des grandes fermes avec au minimum 250 vaches : cela s’appelle « l’agriculture entreprise ».
Si c’est votre grand projet pour l’agriculture, monsieur le ministre, nous allons
dans le mur et nous le regretterons car des pans entiers de notre agriculture disparaîtront ; les agriculteurs qui auront joué le jeu de la modernisation n’existeront plus. Ensuite, comme on
le fait aujourd'hui pour l’industrie, on se posera des questions et l’on se demandera : qu’avons-nous fait ?
Nous avons aujourd'hui un débat très important. Mais il faut noter que les
amendements que nous avons déposés pour mener la discussion au fond sont systématiquement rejetés, et ce toujours avec le même argument : nous avons les mêmes intentions que
vous.
Mes chers collègues, notre agriculture vaut bien que l’on se rassemble sur des
questions essentielles, car elle a aussi une vocation familiale, une vocation territoriale. Les agriculteurs qui ont fait des efforts considérables pour moderniser leur exploitation doivent être
aidés. Or on ne le fait pas ; au contraire, on s’apprête à donner un nouveau coup de pouce au libéralisme…
La régulation ne doit pas rester un simple mot, elle doit s’incarner dans les faits.
Elle doit être inscrite dans la loi sinon elle en restera au stade des bonnes intentions.