Placée sous le signe de la solidarité avec Haïti, la cérémonie de commémoration de l'abolition de l'esclavage qui s'est
déroulée à l'Arbre de la Paix puis à la Filature a rassemblé de nombreux participants.
En présence de Roger DURAND, Président de la Maison de la Négritude de Champagney
(70) et d'Antoine BILLARD, Président de l'Amicale des Antillais, cette cérémonie s'est voulue un vrai temps de rencontre et d'échanges, de convivialité et d'émotion.
Autour des chants gospels, des poèmes lus par les enfants, de la
publication d'un numéro spécial de J'@ime...express par la Bande à Sylvain et Lulu, des interventions de MM. DURAND et BILLARD puis de la projection du film documentaire sur
Toussaint Louverture, cette soirée a confirmé notre devoir de mémoire à l'égard de ces millions de femmes, d'hommes et d'enfants, victimes de la traite des Noirs, de l'esclavage,
leur rendant solennellement hommage et dignité ainsi qu'à toute leur descendance.
Lire :
le poème écrit par Socé Sarr, enseignant au Sénégal
le numéro spécial de La Bande à Sylvain et Lulu
Intervention de M. Roger DURAND
Monsieur le Sénateur et Maire de notre bonne ville ouverte et
vivante d'Audincourt,
Mesdames et Messieurs les
Élus,
Mesdames et Messieurs, Chers
amis,
Avant toute chose, je voudrais vous remercier de nous donner la
parole à l'occasion de cette journée dite « nationale de commémoration des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions. »
Merci à chacun de vous ici présents, merci parce que
consciemment ou peut être sans trop le savoir, vous donnez sens à une tragédie de l'histoire du monde, histoire que nous partageons, histoire qui est nôtre, et qui est aussi vôtre, dans un monde
qu'il nous faut assurer, sauvegarder, sécuriser et transmettre ensemble.
Jeudi, à Montbéliard, nous assistions à une conférence sur Haïti
et sa destinée. J'y ai eu l'impression que le sujet n'intéressait qu'un cercle de gens bien définis. Bien sûr pour le cataclysme, le monde entier s'est fait entendre. Mais où en est
l'ancienne perle des Antilles qui permettait à la France de LOUIS XIV et de LOUIS XV de
sucrerl'Europe? Ma conclusion : Haïti, 1er État Noir de l'ère moderne, c'est foutu!
Vendredi, à un colloque d'historiens à Saint-Louis, un professeur
parisien, philosophe de surcroît demandait réparation pour le dommage subi. Mais soyons sérieux. Qu'est ce qu'il faut réparer? Quel serait le prix de la réparation? Une vie, ça n'a pas de prix! Qui doit réparer? A qui doit-on réparer? ...
Vous venez de
l'entendre du Président de notre Amicale, il n'est point question d'accusation, de condamnation, de vengeance. Je veux ne pas être naïf et je ne me veux pas pessimiste. Pour tous ceux dont la
dignité à été confisquée et vendue, nous devons, mes congénères et moi le simple et légitime DEVOIR DE MEMOIRE.
Pour ma part, je demande à tous ceux qui peuvent nous y
conduire de poursuivre le combat pour une réécriture honnête de l'histoire, de toute l'histoire des hommes : ceux d'ici et les autres. On ne peut pas prétendre que les sciences : la
médecine, la géophysique, la cosmographie et même l'anthropologie évoluent sans cesse tout en continuant à occulter des pages entières de ce qui fait l'identité de certains d'entre nous ou
encore en bâillonnant les recoupements riches de vérité, d'émotion et même de cruauté que l'oralité de « ceux qui n'ont jamais rien inventé » pourraient apporter à nos
bibliothèques.
Je rêve, et je vous convie à ma vision onirique, d'une décennie
prochaine où nos enfants et petits-enfants d'où et qui qu'ils soient pourront entendre et lire partout les mêmes propos et dans la même version sur le vécu de l'homme. Enfin, si vous croyez,
comme moi, que nous sommes tous des rejetons de Lucie,- vous connaissez tous Lucie ? - alors, continuons sans relâche la lutte pour la dignité de tous les
hommes.
Merci.
Intervention de Martial
BOURQUIN
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les représentants associatifs,
Mesdames, Messieurs,
Je vous remercie d’être venus si nombreux participer à cette cérémonie de
commémoration de l’abolition de l’esclavage.
C’est la cinquième année que nous commémorons l’abolition de l’esclavage.
Grâce à l’engagement et à l’action de Christiane Taubira, députée de Guyanne, la loi reconnaissant la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité a été votée à l’unanimité en
2001.
Avec cette loi, c’est toute une page de notre histoire qui a pris une nouvelle
dimension, reconnaissant l’existence et la souffrance de ses millions d’hommes et de femmes que l’on a expatriés de force, légitimant aussi les combats menés pour l’abolition de l’esclavage en
rendant aux hommes tels que Toussaint Louverture, tels que Victor Schoelcher, et aux millions d’esclaves la place qu’ils méritent dans l’histoire de France et dans nos
mémoires.
La France est le premier pays à avoir reconnu l’esclavage comme crime contre
l’humanité en 2001 et cette reconnaissance ne devait pas s’arrêter là.
Avec cette date fixée en 2006 pour commémorer officiellement la
traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions, avec l’entrée dans le programme scolaire de cette longue période historique, nous rendons enfin et dignement hommage à toutes les victimes de
l’esclavage.
L’esclavage avec ce trafic d’êtres humains qui a été perpétré durant plusieurs
siècles est une abomination et il est de notre devoir de ne pas l’oublier. Il est de notre devoir de faire prendre conscience à l’humanité toute entière de la gravité de la traite négrière pour
que jamais plus, une telle tragédie ne se reproduise.
Dès l’Antiquité, les grandes civilisations mésopotamiennes, chinoises,
égyptiennes ont eu recours à l’esclavage pour les cultures, pour les grands travaux de construction. Avec la période coloniale, c’est toute l’Europe qui se livre à la traite des
Noirs.
Durant quatre siècles, des milliers de bateaux négriers français, anglais,
portugais, espagnol, danois iront s’approvisionner à l’île de Gorée au Sénégal qui sert alors d’entrepôt.
On entassait alors les esclaves avant de les embarquer pour les côtes
américaines. Beaucoup mourraient au cours de la traversée qui durait 3 à 6 semaines, succombant à la maladie et à des conditions de voyage terribles.
La vie des esclaves est réglée par le Code noir, rédigé au temps de Colbert.
Il n’est pas question d’êtres humains, les esclaves ne sont que des marchandises définis comme des « meubles » transmissibles et négociables.
Sous la Révolution Française, les députés de la Convention abolissent une
première fois l’esclavage en 1794. Mais en 1802, Napoléon abroge cette mesure et il faudra attendre le 27 avril 1848 pour que le décret d’abolition de l’esclavage soit signé sous l’impulsion de
Victor Schoelcher. L’abolition de l’esclavage en 1848 est un moment décisif de notre histoire car il préfigure les valeurs que nous défendons et qui nous identifie en tant que terre
des droits de l’homme.
Notre volonté aujourd’hui est d’assumer notre responsabilité vis-à-vis de cette
période tragique et d’honorer les victimes en leur redonnant leur dignité et en reconnaissant leur participation et celles de leurs descendants à la construction de notre
pays.
L’abolition de l’esclavage est une longue lutte. Elle se termine
officiellement en 1980 quand la Mauritanie, dernier pays esclavagiste, met officiellement fin à ce fléau. Mais de nouvelles formes d’esclavages subsistent dans le monde, avec le travail forcé,
avec le commerce d’êtres humains et le travail des enfants dans certains pays.
Le combat n’est pas fini. L'effet le plus néfaste de l'esclavage, c'est peut-être la persistance du mythe de la supériorité ou de l'infériorité liée à la couleur de la peau. De cette
période de notre histoire, sont nés les préjugés raciaux qui alimentent le racisme, même s’ils n’en sont pas la seule cause.
C’est pourquoi aujourd’hui encore, nous devons combattre toute forme
d’asservissement, combattre pour que les droits de l’homme et du citoyen soient une réalité quotidienne, pour que chaque homme puisse être libre et vivre dignement.
Je citerai Victor
Schoelcher :
"La violence commise envers le
membre le plus infime de l'espèce humaine affecte l'humanité entière; chacun doit s'intéresser à l'innocent opprimé sous peine d'être victime à son tour, quand viendra un plus fort pour
l'opprimer. La liberté d'un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l'une sans compromettre l'autre tout à la fois."
Cette année, cette cérémonie prend une dimension encore plus importante
puisqu’elle est placée sous le signe de la solidarité avec Haïti et dans le cadre des célébrations du cinquantenaire des indépendances africaines.
Depuis le terrible tremblement de terre en Haïti, nous avons initié plusieurs
manifestations en faveur du peuple haïtien et de la reconstruction de ce pays. Vous avez répondu présent à notre appel à la solidarité.
Aujourd’hui, ce 10 mai, dans toute la France, des rassemblements, des
rencontres, des manifestations culturelles sont organisées et mobilisent des millions de Français, des associations, des villes et des collectivités.
Audincourt, ville de paix, ville amie des enfants, ne faillit pas à son devoir
de mémoire et veut exprimer sa reconnaissance, son respect, sa solidarité envers les communautés présentes, envers les descendants de ces femmes et ces hommes que l’on a oublié trop
longtemps.
Je terminerai par ces mots inscrits sur les murs de la Maison des Esclaves sur
l’ile de Gorée au Sénégal :
De l’esclavage est née la liberté
mais c’est de la solidarité, car c’est l’amour des hommes les uns pour les autres, que surgira la paix.