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AU SENAT

Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 17:09
Le 19 février, se déroulait la discussion générale sur le projet de loi Organisation du Transport  Ferroviaire. Retenu dans le Doubs, mon collègue François Patriat s'est fait le porte-parole de mon discours.
Je l'en remercie.



FRANCOIS PATRIAT

Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, j’associe à mon propos mon collègue et ami Martial Bourquin. Il devait intervenir cet après-midi, mais il a été obligé de retourner dans le Doubs en raison des difficultés que le secteur automobile de ce département traverse actuellement.

Ce projet de loi, d’apparence très technique, constitue une nouvelle étape de la libéralisation du transport ferroviaire dans la mesure où il entérine l’ouverture à la concurrence du transport international de voyageurs. Les remarques que je formulerai aujourd’hui ne balaieront pas tous les aspects de ce projet de loi, mais Michel Teston vient de le faire excellemment. Je me concentrerai donc sur les paradoxes de la politique européenne de concurrence dans le secteur ferroviaire.

Le service public des transports ferroviaires a toujours eu une place à part dans la réalisation d’un espace communautaire. C’est ce qu’a très justement rappelé notre collègue Hubert Haenel dans son rapport d’information, fait au nom de la commission des affaires européennes, sur la libéralisation des transports ferroviaires dans l’Union européenne.

La réalisation d’un espace commun de transports ferroviaires européens, ne nous y trompons pas, est très compliquée. Elle suppose un temps d’adaptation très long, comprend des contraintes techniques importantes si l’on considère, pour ne citer que les principales, l’exigence et le coût de l’entretien des infrastructures et du matériel roulant, l’harmonisation informatique, ainsi que les conditions de travail des personnels.

Depuis près de vingt ans, un certain nombre d’exceptions ont été prévues pour tenir compte de la particularité du secteur.

En premier lieu, le texte qui nous est aujourd’hui soumis s’avère la simple transposition, en droit interne, de dispositions introduites dans les années quatre-vingt-dix. Peut-on seulement l’ignorer ?  Les objectifs de l’Union européenne ont bien changé depuis et gagné en réalisme. La « concurrence pour la concurrence » n’est plus un dogme si immuable.

Depuis, nous en sommes tous ravis, l’Europe s’est en effet engagée dans la bataille de l’environnement, dans la promotion de transports ferroviaires européens de qualité, attractifs pour les usagers et les entreprises, dans la promotion de l’intermodalité, extra et intra-urbaine, et – le mot est lâché ! –, dans le rééquilibrage rail-route. Depuis, l’Europe s’est engagée pour créer des emplois et promouvoir une croissance verte.

Or le présent projet de loi ne tient pas compte de ces évolutions. Il est resté bloqué sur une transposition administrative a minima de l’ouverture à la concurrence, paquet par paquet, quand celle-ci aurait pu s’enrichir de cette réflexion. Il aurait pu être un texte majeur pour donner un nouvel élan à l’Europe des transports ferroviaires. Il n’en est rien ! Il n’évoque pas – ou si peu – la situation actuelle des personnels ferroviaires, pas plus que leurs perspectives d’avenir. Lors d’une réunion de la commission des affaires européennes consacrée à l'examen du rapport rédigé par Hubert Haenel, notre collègue Bernadette Bourzai a déploré qu’il n’y soit pas fait état de la directive relative à la certification des conducteurs de train. C’est aussi le cas dans ce projet de loi !

Nous voilà embarqués dans le train de la concurrence, et nous nous demandons s’il y a un conducteur à bord ! Par ailleurs, le moins que l’on puisse dire, c’est que nous manquons d’une étude d’impact sérieuse sur les effets attendus de ce projet de loi sur l’ensemble de la politique des transports.

En deuxième lieu, ce texte est une occasion manquée, sur le plan tant environnemental que social.

J’aurais souhaité y voir, par exemple, une articulation très serrée avec la discussion du projet de loi de programme relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, en particulier sur son volet transport. À croire que nos deux semaines de débat sur ce texte n’auront pas servi à grand-chose, puisque nous ne saisissons pas aujourd'hui l’occasion qui nous est donnée de mettre en œuvre les orientations du Grenelle.

Nous examinons en effet un projet de loi dont les objectifs européens de développement durable, de péréquation et d’aménagement du territoire, de qualité de service, de respect du citoyen et du consommateur, et de formation et de mobilité des personnels semblent passer à la trappe pour ne laisser place qu’à un seul objectif : l’ouverture à la concurrence à tout prix ; mais à quel prix !

En troisième lieu, les transports internationaux de voyageurs constituent le volet le plus rentable du transport ferroviaire. Des opérateurs européens ont déjà fait connaître leur grand intérêt pour un positionnement sur ce secteur. On les comprend ! Le combat n’est pas égal.

Des distorsions de concurrence ne sont pas à redouter entre les opérateurs anciens et les nouveaux entrants, mais avec ceux d’entre eux qui n’ont pas la charge de faire vivre la totalité d’un réseau comprenant des parties rentables et moins rentables, qui n’ont pas la charge d’assumer des missions d’aménagement du territoire, qui n’ont pas pour mission de rendre attractifs le fret ferroviaire et l’intermodalité, et – comble du comble ! – qui n’auront pas la charge de faire vivre l’Europe des transports durables.

Devons-nous cautionner cette situation, alors que le nouveau gendarme du rail, dont la création est entérinée par ce texte, c’est-à-dire l’Autorité de régulation, ne fera qu’arbitrer en interne et n’aura pas pour rôle de définir une véritable politique commune du transport ferroviaire ?

En quatrième lieu, la perte de marchés plus rentables pour les opérateurs historiques ira immanquablement de pair avec une rationalisation des plus petites lignes, voire leur fermeture, avec un entretien des réseaux de plus faible qualité, ce qui représentera une menace pour la sécurité des usagers et des personnels, et avec un ralentissement encore plus important des voies. Tous ces facteurs induiront, à terme, une préférence pour la route. C’est déjà le cas dans de nombreuses régions françaises avec les transports express régionaux, les TER.

Qui compensera ces pertes ? Réseau ferré de France ? Il est englué dans des dettes abyssales ! La SNCF ? Sera-t-elle seulement en mesure de se positionner sur des marchés européens ? L’État ? Le plan de relance témoigne de l’absence de volonté politique en faveur du ferroviaire, du fret et de l’intermodal ! Les régions ? Je suis bien placé pour savoir qu’elles sont déjà allées au-delà de leur rôle et financent très largement, d’ailleurs avec succès, des TER dont nous avons tout lieu d’être fiers !

Je suis persuadé que la priorité, ce n’est pas la marche forcée vers la concurrence, mais l’accomplissement de progrès en vue d’une meilleure interopérabilité et d’une harmonisation vers le haut de la coopération des personnels ; c’est surtout un investissement massif vers le ferroviaire durable. Seule la volonté politique permettra de dégager ces investissements.

En cinquième lieu, je souhaite formuler quelques propositions.

Je plaide tout d’abord pour que l’internalisation des coûts, notamment environnementaux et sociaux, soit prise en compte pour le calcul d’un droit d’entrée des nouveaux entrants dans le marché commun du transport international de voyageurs.

Je plaide également pour une reprise d’une partie de la dette de RFF, seul moyen d’éviter des distorsions trop importantes de concurrence et de permettre à cette entreprise de mener à bien l’entretien des infrastructures. En Allemagne et en Suisse, pays performants dans le domaine ferroviaire, l’État a fait cet effort. Et l’effort a payé, y compris économiquement.

Je plaide pour que la stratégie de Göteborg ne soit pas qu’une stratégie mais qu’elle soit mise en œuvre. Je suis favorable à un grand emprunt européen qui permette d’investir dans les infrastructures ferroviaires, de promouvoir les autoroutes ferroviaires, de développer le fret et de le rendre intéressant pour les entreprises, d’harmoniser les spécificités européennes ferroviaires. Si urgence il y a, elle doit aller dans cette direction.

Cela implique des choix, et ce sera mon sixième point.

S’il y a bien une ouverture à la concurrence qui vaille la peine que l’on se batte, mes chers collègues, c’est une concurrence externe, avec la route.

Il n’est plus possible de continuer à fermer les yeux sur les cohortes de camions, venus de toute l’Europe, qui engorgent les routes des pays centraux de l’Union européenne, afflux qui constitue un véritable drame pour l’environnement et pour la sécurité routière.

Il n’est également plus possible de fermer les yeux sur les conditions de travail des chauffeurs routiers, qui pourraient devenir des partenaires et des acteurs essentiels d’une politique de ferroutage ambitieuse.

En septième lieu, je vous rappelle que les perspectives financières 1999-2006 ne prévoyaient que 5 milliards d’euros pour la politique européenne des transports. Or tant que le ferroviaire européen ne bénéficiera pas du produit d’une taxe contraignante sur le transport routier, les moyens pour en faire un véritable service d’intérêt général doté d’une grande attractivité économique ne seront jamais à la hauteur des enjeux.

Bref, la transposition a minima d’une directive européenne – exercice que j’ai connu lorsque j’exerçais d’autres fonctions ! –, publiée voilà presque vingt ans, ne saurait être à la hauteur de l’enjeu économique, social et environnemental qui est le nôtre. Nous y sommes donc opposés.


Par martial bourquin - Publié dans : AU SENAT
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Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /Fév /2009 16:05
J'appartiens au groupe d'amitié interparlementaire France-Suisse.

Dans le cadre de ce groupe de coopération parlementaire, j'ai eu l'honneur de rencontrer Mme Chiara SIMONESCHI-CORTESI, Présidente du Conseil national, lors de sa visite au Sénat le 17 février dernier.

Madame la Présidente était accompagnée d'une délégation composée de
- Monsieur Christoph LANZ, Secrétaire général de l'Assemblée fédérale
- Monsieur Ulrich LEHNER, Ambassadeur de Suisse en France
- Monsieur Giorgio POMPILIO, Premier Secrétaire à l'Ambassade de Suisse en France.

Une rencontre enrichissante qui augure, je l'espère de possibles coopérations futures.


Par martial bourquin - Publié dans : AU SENAT
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Vendredi 9 janvier 2009 5 09 /01 /Jan /2009 17:23
Le 9 janvier, j'interrogeai le gouvernement sur son action face à la crise. C'est Hervé Novelli, secrétaire d'Etat, qui me répond.

Je vous laisser juge.


La parole est à M. Martial Bourquin. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. Martial Bourquin. Nous sommes nombreux, sur les travées de cette assemblée, à nous trouver aux premières loges s'agissant de la grave crise industrielle que nous vivons, crise aux conséquences humaines tragiques.

Ma collègue Mme Éliane Assassi a évoqué longuement ...

Un sénateur de l'UMP. Trop longuement !

M. Martial Bourquin. ... la situation de beaucoup entreprises. Je trouve pour le moins inopportun qu'elle ait été interrompue, alors qu'il existe dans notre pays une véritable angoisse et une urgence sociale que l'on ne peut négliger.

Des millions de Français sont dans une situation extrêmement préoccupante et on ne saurait sous-estimer cette réalité. Dans les entreprises, les suppressions d'emplois sont massives. Il est donc pour le moins déplacé de chahuter l'une de nos collègues lorsqu'elle évoque la conjoncture actuelle. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)

Nous ne pouvons, dans cet hémicycle, ignorer la réalité !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Ce n'est pas leur problème !

M. Martial Bourquin. Pour répondre à cette crise, vous avez érigé une succession de digues de sable, que vous avez baptisées « plan de relance ».

M. Luc Chatel, secrétaire d'État chargé de l'industrie et de la consommation, a déclaré mardi dernier qu' « acheter une voiture est un acte citoyen ». (Mme Nicole Borvo Cohen-Seat s'esclaffe.) Cette formule illustre l'inadéquation de l'approche gouvernementale de la crise automobile actuelle, et de la crise en général. En d'autres temps, Marie-Antoinette suggérait aux affamés de manger de la brioche : c'est un peu la même chose !

Les chômeurs, celles et ceux qui craignent de perdre leur emploi, qui ont peur de l'avenir et qui ne peuvent pas acheter un véhicule sont-ils des demi-citoyens ?

Lorsqu'on garde une voiture plus de dix ans, c'est non pas par choix, mais parce que l'on ne peut pas en acquérir une neuve ! Si vous voulez que nos concitoyens puissent acheter un véhicule neuf, il faut leur donner du pouvoir d'achat. Quelles mesures le Gouvernement a-t-il prévues pour relancer le pouvoir d'achat ? C'est la question essentielle !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Rien !

M. Martial Bourquin. Que compte-t-il faire pour que les banques s'impliquent réellement et proposent des taux de crédit décents ?

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Il n'y en a que pour les actionnaires !

M. Martial Bourquin. Aujourd'hui, pour l'achat d'une automobile, les taux de crédit sont de 6 % à 8 % !

M. le président. Veuillez conclure, mon cher collègue !

M. Martial Bourquin. Il faut également préparer l'avenir de l'industrie automobile en concevant le véhicule propre de demain, et aider beaucoup plus sensiblement les pôles de compétitivité.

La politique économique ne s'oppose pas à la politique sociale. Or j'ai l'impression que vous pensez l'économie contre le social.

Une sénatrice de l'UMP. Ce n'est pas une question !

M. Martial Bourquin. C'est au contraire avec une grande politique sociale que nous mènerons une grande politique économique.

Albert Camus disait : « La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent ». Quand allez-vous redonner du pouvoir d'achat à nos concitoyens ? Quand allez-vous défendre nos territoires ? L'espoir et la confiance en l'avenir sont à ce prix ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)


Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services
  • publiée dans le JO Sénat du 09/01/2009 - page 99

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services. Monsieur le sénateur, il n'y a pas, d'un côté, ceux qui ne se préoccupent pas du pouvoir d'achat et, de l'autre, ceux qui ne pensent qu'à cela !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Mme Lagarde a dit qu'il fallait acheter des manteaux ! Pour ce faire, il faut du pouvoir d'achat !

M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Je tiens à vous livrer quelques chiffres. Qui a décidé de verser une prime exceptionnelle de 220 euros pour les titulaires du RMI et de l'ASS ? Qui a décidé de verser dans trois mois, en avril prochain, une prime de solidarité active de 200 euros en anticipation du revenu de solidarité active, ce RSA qui n'a d'ailleurs pas été voté sur toutes les travées de cette assemblée ? Qui a décidé de revaloriser le minimum vieillesse et les pensions de réversion des plus modestes de près de 11 % ?

M. Jacques Mahéas. Et les 15 milliards d'euros pour le bouclier fiscal ?

M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. J'en viens au cœur de votre question, monsieur le sénateur : le secteur automobile. Eh bien, parlons-en !

Vous le savez, la crise n'affecte pas uniquement la production automobile française : la récession a frappé le secteur automobile dans toute l'Europe.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. La même politique produit les mêmes effets !

M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Cependant, le marché automobile français s'est mieux tenu au cours de l'année 2008 que les autres marchés européens.

M. Martial Bourquin. Tout va bien !

M. Hervé Novelli, secrétaire d'État. Non, mais telle est la réalité économique ! Faut-il s'en contenter ? Absolument pas, et vous avez raison, monsieur le sénateur, d'insister sur les inquiétudes de nos concitoyens.

Face à cette crise, le Gouvernement a réagi ! Si le secteur automobile français s'en est mieux sorti que d'autres, c'est parce que nous avons pris des mesures, notamment celle du bonus-malus. Le Président de la République a également annoncé, dès le 4 décembre, la mise en place d'une prime à la casse, qui produit de bons résultats et qui stimule la demande.

Il faut, bien sûr, aller plus loin, en prenant des mesures concernant l'offre. C'est précisément ce que nous avons fait ! Le Président de la République a confié à Luc Chatel – votre remarque à son endroit est très injuste ! – une mission dont les conclusions sur les mesures structurelles à prendre en matière d'offre automobile seront rendues publiques à la fin du mois de janvier. Par ailleurs, des états généraux se tiendront à Bercy sur ce point dès le 20 janvier.

Nous sommes conscients que nous devons adapter l'offre automobile. Nous allons réagir pour permettre à notre industrie automobile de surmonter les difficultés. Vous devez regarder ce que nous faisons et ne pas vous contenter de critiquer des mesures qui, pour l'instant, ont produit de bons résultats sur le marché automobile ! (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. Ce n'est pas vrai !

Par martial bourquin - Publié dans : AU SENAT
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