Jeudi 6 janvier 2011
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Cher(e) ami(e)
Je profite de ce premier billet de l’année 2011 pour vous souhaiter ainsi qu’à vos proches mes vœux les plus
sincères de santé, de sérénité, de chaleur humaine et de solidarité.
La rentrée parlementaire officielle sera pour la semaine prochaine. Mais la volonté de changement qui
accompagne toute nouvelle année n’a évidemment pas attendu les prochains débats au Sénat.
L’année 2010, il faut s’en souvenir, s’est terminée sur
l’adoption d’un budget particulièrement injuste et aveugle, un budget dit de " sortie de crise ".
4 millions de demandeurs d’emplois. 2,9 millions de mal logés, des seniors abandonnés et des jeunes sans
grandes perspectives, je n’appelle pas cela une sortie de crise. Et je suis loin d’être le seul. Ce n’est certainement pas un hasard si l’un des grands succès de librairie du moment soit l’ode de
Stéphane Hessel à l’indignation, dont je vous recommande la lecture.
Dans ce contexte, vous comprendrez ma colère quand cette année politique commence par un débat sur la
poursuite ou non des 35 heures et que ce débat est initié par un camarade socialiste, reprise en fanfare et enthousiasme par la droite.
N’y a-t-il pas comme une certaine indécence à lancer ce débat maintenant, quand la plus odieuse réduction du temps de travail est le chômage de masse, mais aussi le chômage partiel subi ?
Ce débat est une vraie gifle pour nombre de nos concitoyens.
Imaginez un peu. Que dois-je dire aux milliers d’allocataires
de l’AER, dont j’ai rencontré le comité de défense hier encore et qui, malgré toutes les recommandations, amendements et indignations de notre part,
ne verront pas cette allocation reconduite en 2011. Ils se verront juste proposer l’ASS, un passeport pour la pauvreté au terme de 40 ans de travail difficile ? Que dois-je leur dire ?
« Ah non messieurs dames, nous ne pouvons rien faire, vous comprenez, nous sommes en sortie de crise ; Oui nous avons maintenu les retraites chapeau, elles sont très utiles pour
l’emploi, mais ne vous inquiétez pas, nous allons déverrouiller les 35 heures, tout va changer. »
Comprenez-moi bien. Il ne s’agit évidemment pas de défendre coûte que coûte ce dispositif qui n’est pas
exemplaire. Mais la productivité des Français est plutôt bonne et en progression. Notre temps de travail est par ailleurs, contrairement à une idée reçue, tout à fait équivalent à celui de nos
amis allemands. Vouloir réduire le manque de compétitivité de certaines de nos entreprises à la durée du temps de travail ou à l’ampleur des charges sociales me paraît une vieille lune. J’aurai
sans doute l’occasion de formuler d’autres pistes lors du rendu du rapport sur la désindustrialisation des territoires en février prochain.
Henry
Miller disait que « ce qui va mal, ce n’est pas le monde, c’est notre manière de le regarder. »
Je crois
qu’il est grand temps de ne plus nous perdre dans de faux débats. Je crois nécessaire d’aller à l’essentiel et l’essentiel c’est bien de lutter contre le chômage de masse. Nous ne pouvons pas
nous habituer à un tel niveau de chômage. Nous devons pour cela repenser toutes nos politiques publiques dans cette seule et unique perspective et nous y tenir, dès 2011.