J'étais l'invité hier du JT de France
3 édition de Franche-Comté où je suis intervenu sur les sujets d'actualité du jour et de la semaine.
Martial Bourquin
Sénateur socialiste
Au service du Doubs
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J'étais l'invité hier du JT de France
3 édition de Franche-Comté où je suis intervenu sur les sujets d'actualité du jour et de la semaine.
La parole est à M. Martial Bourquin.
M. Martial Bourquin. On a parlé tout à l'heure du spectacle que donne le Parlement, le Sénat en particulier.
Devrions-nous être coupables de défendre des acquis sociaux mis en cause par cette loi ? Est-ce donner une mauvaise image du Parlement, pour des parlementaires, que de défendre pied à pied ce que des millions de femmes et d'hommes ont gagné au fil de l'histoire ?
Je pense que vous avez du Parlement une idée complètement différente de la nôtre.
Depuis deux ans que je suis dans cet hémicycle, je vois les lois passer à toute vitesse. Nous avons parfois un temps réduit pour prendre position sur ces lois. Nous sommes en permanence en flux tendu.
Ce gouvernement, depuis qu'il est en place, donne à mon avis du Parlement une image catastrophique !
Mme Annie David. Eh oui !
M. Martial Bourquin. Je tiens à dire à ma collègue que l'image du Parlement est rehaussée lorsque les parlementaires discutent, lorsqu'ils donnent et défendent des arguments.
M. Nicolas About. Vous n'avez pas voulu du référendum hier ! Vous vous moquez du monde !
M. Martial Bourquin. À tout moment, sur des questions comme celle-là, nous nous faisons honneur en défendant ce que pense la majorité des Français.
J'ai entendu M. About à l'instant. Je vois bien quelle stratégie se met en place. Au Sénat, il y aurait une ouverture concernant les femmes...
M. Nicolas About. Pas seulement !
M. Martial Bourquin. Nous aurions un peu « sauvé les meubles » s'agissant de la retraite à 60 ans. Se moque-t-on du monde dans cette salle ?
Mme Annie David. Bien sûr !
M. Nicolas About. Cela n'a rien à voir avec la retraite à 60 ans !
M. Martial Bourquin. Pensez-vous un seul instant que ces trois millions de personnes dans la rue – ainsi que ceux qui n'y étaient pas mais qui pensent comme elles – et que plus de 60 % de Français de tous bords veulent cela ? Ils veulent que nous rediscutions la réforme des retraites de fond en comble. Cela doit être fait à partir de l'idée de justice, de l'idée de solidarité. (Oh ! sur les travées de l'UMP.)
Comment est-il possible, dans un pays comme le nôtre, qu'il y ait, d'un côté, ce bouclier fiscal et ces stock-options et que, d'un autre côté, l'on pousse le cynisme à proposer que des gens qui travaillent très dur, qui parfois font les « trois huit » et ont des métiers difficiles, aient une carte d'invalidité ? Alors que l'on sait très bien qu'existent des métiers difficiles par essence, et qui devraient être reconnus comme tels !
M. Nicolas About. Ils le sont !
M. Martial Bourquin. Sur cette question des retraites, le Gouvernement met vraiment en relief son esprit complètement antisocial.
Je suis convaincu qu'il est encore temps de rediscuter de fond en comble cette réforme. Il est temps, enfin, d'aborder la question du financement des retraites autrement que par un allongement de la durée de cotisation. (Protestations sur certaines travées de l'UMP.)
Je suis originaire d'un grand bassin d'emploi industriel, et je vois des personnes qui travaillent très dur. Nous savons parfaitement que ces personnes ont une espérance de vie moins longue que les individus appartenant à certaines couches sociales. Pour ces gens, apprendre qu'ils vont travailler deux années de plus est un drame !
Mme Annie David. Absolument !
M. Nicolas About. Vous n'avez pas le monopole du cœur !
M. Martial Bourquin. Ce sont deux bonnes années de retraite dont ils ne profiteront pas. Ces deux années, à leurs yeux, apparaissent vraiment comme un spectre devant eux.
Je souhaiterais que nous ne caricaturions pas le débat. Ce qui est en cause aujourd'hui, ce n'est pas la volonté de certains de mener une réforme des retraites alors que d'autres s'y opposent. Ce que nous voulons, c'est une autre réforme des retraites ! Une réforme qui soit juste, solidaire, et touche vraiment, enfin, aux vrais leviers de financement. Il n'est pas possible qu'une réforme soit financée à 85 % par les salariés !
Il y a un an et demi, tout le monde voulait taxer les banques ; or cela n'est toujours pas fait. Tout le monde voulait taxer les bonus, les stock-options et les retraites « chapeau » ; or cela n'est toujours pas fait !
Va-t-on enfin aborder ces vrais problèmes ? Pourquoi ne sont-ils pas abordés ? Tout simplement parce que ce gouvernement a décidé d'être le gouvernement des possédants (Rires au banc des commissions.),...
Mme Annie David. Bien sûr ! Ça vous embête !
M. Martial Bourquin. ... et jamais celui du peuple, de ceux qui travaillent dur, qui souffrent au travail et veulent une retraite bien méritée ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)
Je suis intervenu dans le débat sur la réforme des retraites et en particulier la fin de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans.
Mme la présidente. La parole est à M. Martial Bourquin, sur l’article.
M. Martial Bourquin. Madame la présidente, monsieur le ministre, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, nous sommes tous d’accord sur le fait qu’il fallait, sans aucun doute, une réforme des retraites. (Ah ! sur les travées de l’UMP.)
Plusieurs orateurs, notamment vous, monsieur le ministre, nous ont expliqué hier que ce gouvernement a osé faire cette réforme, qu’il est courageux, que nous, nous n’avons pas osé.
Un sénateur de l’UMP. C’est vrai, vous n’êtes pas courageux !
M. Martial Bourquin. Et il nous a demandé d’élever le niveau du débat : je résume à peine...
Si nous sommes d’accord pour dire qu’il faut une réforme des retraites, nous ne sommes en aucun cas d’accord avec cette réforme-là.
Sur la forme, d’abord, nous pensons qu’il faut toujours respecter la personne à laquelle on porte la contradiction. Les élus qui siègent à gauche de cet hémicycle n’ont pas la même opinion que vous. Ils n’ont pas à entendre que le niveau de leurs interventions doit être rehaussé ! Simplement, ils ne partagent pas du tout votre façon d’envisager cette réforme !
Prendre un ton condescendant en priant ses contradicteurs de bien vouloir élever le niveau, cela ne témoigne pas d’un grand respect pour ceux qui ne sont pas d’accord avec soi !
Sur le fond, on peut dire que, à plusieurs égards, nous n’avons pas du tout les mêmes valeurs.
Par exemple, comment peut-on demander à des personnes qui travaillent beaucoup, dans des conditions très difficiles, qui pratiquent les trois-huit, qui effectuent des tâches pénibles, de cotiser deux années de plus et, dans le même temps, restituer 30 millions d’euros à Mme Bettencourt ? (Exclamations sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)
M. Jean Desessard. Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas le croire ! (Sourires sur les mêmes travées.)
M. Martial Bourquin. Mais si, cela se fait, et il faut le dire !
Oui, dans le même temps, vous signez des chèques aux plus gros contribuables français en vertu de ce scandale qu’est le bouclier fiscal !
Pourquoi, sur ces questions de fond, êtes-vous inaudibles ? Pourquoi y a-t-il trois millions de personnes dans la rue ? Parce qu’elles ressentent cela comme une profonde injustice !
Nous avons connu une crise financière terrible et tous, dans cet hémicycle, à gauche comme à droite, nous nous demandions comment nous allions en sortir. Eh bien, ces personnes ont le sentiment, à la sortie de la crise, d’être les seules à payer ! Les traders, eux, sont tranquilles !
M. Bruno Sido. Il y a aussi un trader qui a été condamné à cinq ans de prison !
M. Martial Bourquin. Le bouclier fiscal est maintenu et, pendant ce temps-là, beaucoup de salariés se retrouvent au chômage !
Comment expliquer que, sur un sujet comme celui-ci, on n’ait à aucun moment évoqué le fait que 4 200 000 personnes sont inscrites à Pôle emploi ? On ne nous dit pas non plus combien d’argent rentrerait dans les caisses de retraite si elles n’étaient pas chômage !
Pourquoi se garde-t-on d’expliquer que le chômage de masse coûte très cher à notre protection sociale et aux retraites ? Car vous ne le dites jamais ! La raison, c’est que vous êtes habitués à ce chômage de masse, qui est presque organisé !
M. Bruno Sido. On a tout fait contre le chômage !
M. Martial Bourquin. Vous êtes résignés devant la situation économique et sociale de notre pays.
Nous, nous avons une autre conception. Puisque vous voulez qu’on élève le niveau, allons-y !
Le Président de la République a dit voilà quelque temps, au plus fort de la crise, que les stocks options, c’était fini, que les bonus, c’était fini, que les retraites chapeaux, c’était fini ! Chiche ! Mettons tout cela dès aujourd’hui à l’ordre du jour ! Proposez une fiscalisation des bonus, proposez une fiscalisation des retraites chapeaux : soyez-en sûrs, nous les voterons avec vous ! Et nous aurons cette union nationale dont il était question hier.
C’est, en effet, un authentique scandale de voir cette opulence à côté de plus de 4 millions de chômeurs. Quand il y a cette pauvreté, cette précarité, ce n’est pas possible de continuer à demander toujours aux mêmes de faire des sacrifices ! Et voilà qu’on leur demande maintenant de cotiser deux années de plus ! Telle est la réalité ! Vous n’êtes pas compris et vous ne serez pas compris parce que ceux qui souffrent aujourd’hui ressentent comme une profonde injustice ce que vous préparez !
Vous êtes en train de faire payer très cher une crise à celles et ceux qui la subissent aujourd’hui et ne sont pour rien dans sa genèse. À l’origine de la crise, il y a les banquiers, il y a ceux qui ont élaboré des montages financiers invraisemblables dans l’immobilier ! Mais, pour avoir une bonne notation, on fait payer le prix fort à celles et ceux qui travaillent, qui se lèvent tôt et qui font la richesse de ce pays.
Mme la présidente. Veuillez conclure, mon cher collègue !
M. Martial Bourquin. Je veux bien élever le niveau. Je veux bien avoir un vrai débat, mais il faut qu’il porte sur le fond. Or ce débat sur le fond, nous ne l’avons pas. Vous essayez de vous abriter derrière la technique. Parler du fond, c’est se demander qui paie. Eh bien, ce sont toujours les mêmes qui paient ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Je serai l'invité du journal de France 3 dimanche 10 octobre à 19H.
Les Sénateurs de gauche accompagnés de Martine Aubry se sont joints à la manifestation qui regroupaient plusieurs milliers de personnes devant le Sénat mardi à l'ouverture des débats sur cette réforme des plus injustes.