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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 00:00

Communiqué de Martial BOURQUIN et Claude JEANNEROT

 

 

Malaise

 

 

 

Sénateurs du Doubs, nous avons répondu présent à l’invitation du Président de République qui se trouvait le 17 mars à Ornans. Nous n’avons pas hésité un seul instant à remplir ce que nous considérons comme un devoir républicain. Nous avons bousculé nos obligations respectives pour prendre part à cet événement. Pourtant, après cette visite, un malaise certain nous anime, malaise partagé par nombre d’élus présents lors de cette visite qui nous ont fait part de leur sentiment.

 

Nous étions venus assister à une visite du Président de la République, certainement pas à celle d’un chef de parti politique. Or cette visite avait toutes les apparences d’un meeting de l’UMP.

 

Les élus et a fortiori leurs représentants se doivent assurer leur devoir républicain. La réciproque est vraie : le Président de la République a lui aussi le même devoir d’être le président de tous les Français et de respecter les opinions différentes – qui constituent une véritable richesse pour la vitalité de notre démocratie et surtout sont bien réelles.

 

Par ailleurs, le contenu même du discours du Président de la République nous a vivement interloqués.

 

Le Président de la République, face à des résultats très contestables de la politique économique et sociale du gouvernement, s’est en effet muré dans une seule attitude : l’autosatisfaction ainsi que des attaques déplacées à l’encontre des représentants de l’opposition. Etait-ce le lieu ? Etait-ce le moment ? Et ceci d’autant plus que les attaques contre les 35 heures, rengaine qui commence à dater, servent ni plus ni moins à cacher l’échec du bouclier fiscal et de la loi TEPA. Tant d’autres sujets auraient pu utilement être abordés, plus en rapport avec la gravité de la crise que connaît notre région.

 

Même si nous sommes satisfaits de l’annonce de la réalisation de la branche est du TGV, nous attendons de l’Etat qu’il prenne sur ce dossier toutes ses responsabilités financières. D'autres thèmes ont été oubliés ou trop vite abordés. Nous attendions que le Président de la République parle de la situation des 90 000 demandeurs d’emploi supplémentaires inscrits tous les mois dans notre pays. Nous attendions une réflexion sincère et ouverte, respectueuse des avis et propositions diverses, afin de savoir si nous allons ou non dans la bonne direction. La méthode Coué n’est pas une réponse. Elle est inadaptée à la situation économique et sociale de nos concitoyens. Elle nie leurs inquiétudes. Elle passe à côté de la réalité. A croire que le Président de la République, constitutionnellement placé dans une situation à part, se trouve aussi hors la vie.

 

Nous aurions voulu pourvoir engager un véritable dialogue avec le Président de la République : nous sommes des représentants des élus du département. C’est notre légitimité. Nous aurions aimé notamment lui faire part de nos préoccupations – non dans un lamento plaintif. Nous aurions aimé aussi lui faire part des projets de nos territoires. Pour nous, un seul souci nous anime : trouver avec l’Etat les coopérations nécessaires au service du Doubs. Bref, il ne nous a pas permis de tenir notre rôle. En d’autres termes il nous interdit de porter la voix des Doubiens et de leurs élus.

 

En tant qu’élus, au contact de la vie quotidienne et des difficultés de nos administrés, notre inquiétude est à son comble quand le Président de la République annonce la fin de la taxe professionnelle et ne dit rien sur des ressources dynamiques susceptibles de la remplacer. Comment pourrons-nous, à l’avenir être encore efficaces pour aider les plus fragiles, mener une politique de développement économique dynamique et harmonieuse, si nos ressources se réduisent à peau de chagrin ? 73% des investissements sont réalisés par les collectivités locales. Elles doivent continuer à jouer ce rôle moteur dans la politique économique de notre pays.

 

Nous connaissons la plus grave crise depuis le début du siècle dernier. L’heure n’est pas aux effets de manche mais à une action forte, structurante, qui donne confiance à nos concitoyens comme aux décideurs économiques.

 

La République est un espace de dialogue entre des opinions divergentes. Elle ne doit pas être préemptée au service de quelques uns. Il y va de la crédibilité de l’institution républicaine. C’est au sein de cet espace démocratique que nous pourrons ensemble, gouvernement, élus, citoyens, acteurs économiques, trouver les moyens de mettre un terme à la crise économique qui nous affecte. La visite du Président de la République est à ranger au Panthéon des occasions manquées.

 

Par martial bourquin - Publié dans : Dans les média
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