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Au service du Doubs
La parole est à M. Martial Bourquin.
M. Martial Bourquin. On a parlé tout à l'heure du spectacle que donne le Parlement, le Sénat en particulier.
Devrions-nous être coupables de défendre des acquis sociaux mis en cause par cette loi ? Est-ce donner une mauvaise image du Parlement, pour des parlementaires, que de défendre pied à pied ce que des millions de femmes et d'hommes ont gagné au fil de l'histoire ?
Je pense que vous avez du Parlement une idée complètement différente de la nôtre.
Depuis deux ans que je suis dans cet hémicycle, je vois les lois passer à toute vitesse. Nous avons parfois un temps réduit pour prendre position sur ces lois. Nous sommes en permanence en flux tendu.
Ce gouvernement, depuis qu'il est en place, donne à mon avis du Parlement une image catastrophique !
Mme Annie David. Eh oui !
M. Martial Bourquin. Je tiens à dire à ma collègue que l'image du Parlement est rehaussée lorsque les parlementaires discutent, lorsqu'ils donnent et défendent des arguments.
M. Nicolas About. Vous n'avez pas voulu du référendum hier ! Vous vous moquez du monde !
M. Martial Bourquin. À tout moment, sur des questions comme celle-là, nous nous faisons honneur en défendant ce que pense la majorité des Français.
J'ai entendu M. About à l'instant. Je vois bien quelle stratégie se met en place. Au Sénat, il y aurait une ouverture concernant les femmes...
M. Nicolas About. Pas seulement !
M. Martial Bourquin. Nous aurions un peu « sauvé les meubles » s'agissant de la retraite à 60 ans. Se moque-t-on du monde dans cette salle ?
Mme Annie David. Bien sûr !
M. Nicolas About. Cela n'a rien à voir avec la retraite à 60 ans !
M. Martial Bourquin. Pensez-vous un seul instant que ces trois millions de personnes dans la rue – ainsi que ceux qui n'y étaient pas mais qui pensent comme elles – et que plus de 60 % de Français de tous bords veulent cela ? Ils veulent que nous rediscutions la réforme des retraites de fond en comble. Cela doit être fait à partir de l'idée de justice, de l'idée de solidarité. (Oh ! sur les travées de l'UMP.)
Comment est-il possible, dans un pays comme le nôtre, qu'il y ait, d'un côté, ce bouclier fiscal et ces stock-options et que, d'un autre côté, l'on pousse le cynisme à proposer que des gens qui travaillent très dur, qui parfois font les « trois huit » et ont des métiers difficiles, aient une carte d'invalidité ? Alors que l'on sait très bien qu'existent des métiers difficiles par essence, et qui devraient être reconnus comme tels !
M. Nicolas About. Ils le sont !
M. Martial Bourquin. Sur cette question des retraites, le Gouvernement met vraiment en relief son esprit complètement antisocial.
Je suis convaincu qu'il est encore temps de rediscuter de fond en comble cette réforme. Il est temps, enfin, d'aborder la question du financement des retraites autrement que par un allongement de la durée de cotisation. (Protestations sur certaines travées de l'UMP.)
Je suis originaire d'un grand bassin d'emploi industriel, et je vois des personnes qui travaillent très dur. Nous savons parfaitement que ces personnes ont une espérance de vie moins longue que les individus appartenant à certaines couches sociales. Pour ces gens, apprendre qu'ils vont travailler deux années de plus est un drame !
Mme Annie David. Absolument !
M. Nicolas About. Vous n'avez pas le monopole du cœur !
M. Martial Bourquin. Ce sont deux bonnes années de retraite dont ils ne profiteront pas. Ces deux années, à leurs yeux, apparaissent vraiment comme un spectre devant eux.
Je souhaiterais que nous ne caricaturions pas le débat. Ce qui est en cause aujourd'hui, ce n'est pas la volonté de certains de mener une réforme des retraites alors que d'autres s'y opposent. Ce que nous voulons, c'est une autre réforme des retraites ! Une réforme qui soit juste, solidaire, et touche vraiment, enfin, aux vrais leviers de financement. Il n'est pas possible qu'une réforme soit financée à 85 % par les salariés !
Il y a un an et demi, tout le monde voulait taxer les banques ; or cela n'est toujours pas fait. Tout le monde voulait taxer les bonus, les stock-options et les retraites « chapeau » ; or cela n'est toujours pas fait !
Va-t-on enfin aborder ces vrais problèmes ? Pourquoi ne sont-ils pas abordés ? Tout simplement parce que ce gouvernement a décidé d'être le gouvernement des possédants (Rires au banc des commissions.),...
Mme Annie David. Bien sûr ! Ça vous embête !
M. Martial Bourquin. ... et jamais celui du peuple, de ceux qui travaillent dur, qui souffrent au travail et veulent une retraite bien méritée ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)