La décision prise par PSA d’acheter à la sous-traitance, et plus particulièrement au groupe KYB en Espagne, les 6 Millions d’amortisseurs fabriqués annuellement sur le site PSA de Sochaux est choquante. Alerté au mois de mai par les organisations syndicales, j’avais immédiatement adressé un courrier à M. Philippe Varin, Président du Directoire de PSA Peugeot-Citroën. Je lui faisais part de mon inquiétude face à cette volonté de la Direction qui aurait conduit à une perte du dynamisme du Pays de Montbéliard. « Ce territoire engagé dans le pôle de compétitivité doit aussi savoir conserver son savoir-faire. » Je lui rappelais également que « les amortisseurs fabriqués par cette usine Mécanique de Sochaux sont d’une grande qualité et sont expédiés dans les autres usines du groupe. Ils participent à l’image de fiabilité et de confort plébiscitée par la marque. » M. Varin dans sa réponse me précisait que la politique « achat ou fabrication » dans le domaine des amortisseurs faisait « l’objet d’un processus complet d’information et de consultation tant du Comité Central d’Entreprise que du Comité d’Etablissement de Sochaux » et me rappelait « la qualité du dialogue social » de l’entreprise.
Or, force est de constater que non seulement le dialogue social n’a pas prévalu à cette décision mais que la direction de PSA a largement « surévalué » l’écart de compétitivité entre la solution interne et la solution externe selon le cabinet d’experts Sécafi. En effet, d’après les constatations réalisées par ce même cabinet, le coût de la main d’œuvre ne peut être retenu comme principal argument en faveur de l’externalisation. Ainsi, le problème de la délocalisation en France est très loin de la vision simpliste largement diffusée par le gouvernement.
Contrairement à ce qu’affirment Nicolas Sarkozy et les membres de son gouvernement réduire le coût de la main d’œuvre française, en réduisant par exemple les charges sociales des entreprises est un leurre et ceci ne peut être vu comme la solution pour régler la désindustrialisation.
Le cabinet Sécafi souligne également la différence entre les amortisseurs à clapet fabriqués à Sochaux et les amortisseurs à diaphragme conçus par l’équipementier espagnol. La supériorité technologique et la qualité des amortisseurs sochaliens sont largement mises en avant. Or, je réaffirme qu’il faut absolument envisager une montée en gamme des produits pour permettre au secteur industriel de se développer pleinement sur le sol national. L’image de fiabilité et de sûreté d’une marque est une condition essentielle pour assurer des exportations importantes. Les marques allemandes d’automobile l’ont bien compris, pourquoi la direction de PSA s’obstine t-elle alors dans une décision qui va à l’encontre de cette évidence ? Comment peut-elle ignorer à ce point l’avis d’experts ?
Incompréhensible d’un point de vue économique, cette décision a surtout des conséquences sociales dramatiques. Ce sont près de 600 emplois qui sont concernés dans le Pays de Montbéliard auxquels s’ajoutent de nombreux emplois induits. Notre territoire connaît une hausse du nombre de chômeurs ces derniers mois. Comment laisser partir une nouvelle fois des emplois industriels alors que le taux de chômage avoisine les 10% au niveau national ?
Je m’oppose ouvertement et avec la plus grande vigueur à cette décision qui n’a aucune justification économique et qui demeure une décision unilatérale sans tenir compte des partenaires sociaux, des PME, ni même des constats du cabinet d’experts. Cette externalisation intervient à la suite d’une série de largesses fiscales accordées par le gouvernement aux grands groupes : suppression de la taxe professionnelle, des impôts inférieurs pour les entreprises à la moyenne nationale… PSA Peugeot Citroën adopte donc la même stratégie que Renault. Cette décision qui est purement et simplement une délocalisation remet une fois de plus en cause la vitalité de notre territoire, déjà durement touché et qui demeure, pourtant, le berceau historique de l’entreprise Peugeot.